Sunday, April 8, 2007

Rescape de la shoa par Moshe Sadeh

Moshe M. Sadeh a quitté l’Égypte en 1946 pour s’établir en Israel. Il a participé à l’édification de l’état d’Israel et s’est engagé dans l’armée au moment de la crise du Canal de Suez. Il vit maintenant au Québec .
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En septembre 1945, j’abandonne mes études et, âgé de 17 ans, je me joins à un groupe de jeunes du Caire et d’Alexandrie affilié au mouvement sioniste « Hélalutz » pour six mois d’entraînement sur une ferme près d’Aboukir. Nous vivions dans la clandestinité et nous nous préparions mentalement et physiquement à notre nouvelle vie de kiboutz.
Travail aux champs et études idéologiques, notre responsable était un émissaire de Palestine parlant français. Un jour, il nous emmène un jeune homme d’une quinzaine d’année, originaire de Rhodes. Une unité juive de l’armée britannique l’avait adopté dans un camp en Europe et l’avait embarqué sur un bateau militaire en partance pour la Palestine à la fin de leur service militaire. Comme il paraissait plus grand que son âge, ils l’ont habillé d’un uniforme et il suffisait d’un peu de chance pour le resquiller en douce en Terre Sainte.
Le bateau s’étant amarré au port d’Alexandrie pour quelques jours, il devenait certain que les officiers à bord commençaient à avoir des soupçons sur ce trop jeune homme. Les membres de la Haganah sur le bateau décidèrent alors de contacter notre mouvement sioniste leur exposant leur crainte que ce jeune de Rhodes, s’il devait être découvert, serait renvoyé dans les camps pour personnes déplacées, en Europe.
Il fut donc décidé de le remettre à notre émissaire et de le garder avec nous sur la ferme jusqu’à notre départ pour la Terre Promise. Comme je parlais le ladino, langue du jeune homme, on me l’a confié. Il s’appelait Asher. Il était plus jeune que moi mais me dépassait d’une tête. Un numéro était tatoué sur son bras. Il m’expliquait que toute la communauté juive de Rhodes avait été acheminée vers Auschwitz et exterminée. Asher était robuste et fut mis à travailler dans les fours crématoires. Il a survécu à ce travail exténuant grâce à la bonté d’un des gardes qui lui fournissait tous les jours un pain. Sans cela il serait probablement mort. Bien entendu, je ne cru pas. J’ai pensé que mon ladino n’étant pas parfait, j’avais du mal le comprendre. J’ai rapporté les faits à notre responsable en donnant mon opinion que ce garçon était mentalement dérangé, ayant perdu sa famille, il disait n’importe quoi. Asher me racontait les tragédies des fours crématoires, les corps incinérés et d’autres horreurs innommables impossibles à croire.
Quelques jours avant Pessah 1946, deux cent jeunes des mouvements sionistes en Égypte partaient (Asher y compris) en train pour la Palestine, déguisés en soldats. Ce fut un grand succès pour la Haganah. Tout se passait sans heurt mais, je n’ai plus revu Asher depuis. Plus tard, durant mon service dans l’armée israélienne, j’ai rencontré beaucoup de rescapés de la Shoa avec des numéros tatoués sur leurs bras. J’ai compris qu’Asher m’avait dit la vérité. J’ai essayé de le retrouver pour lui exprimer mes regrets de ne pas l’avoir cru. Mes recherches n’avaient abouti à rien, Israel ayant reçu des dizaines de milliers de rescapés. Asher n’était pas le seul à avoir un bras tatoué d’un numéro.

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